Qu'est-ce qu'une entreprise data-driven, concrètement ?
« Data-driven ». Vous avez probablement déjà croisé ce mot dans une conférence, un article ou une conversation avec un consultant. On vous a peut-être dit que les données sont « le nouveau pétrole », et que votre entreprise doit devenir « pilotée par la donnée » pour survivre.
Derrière le jargon, il y a pourtant une idée simple. Tellement simple qu'elle tient en une phrase : une entreprise data-driven prend ses décisions sur la base de faits mesurés, plutôt qu'à l'instinct seul.
C'est tout. Pas de magie, pas d'intelligence artificielle obligatoire, pas de serveur à installer. Voyons ce que ça veut dire pour une entreprise comme la vôtre, ici, en Afrique de l'Ouest.
Vous avez déjà des données. Toutes les entreprises en ont.
Chaque jour, votre entreprise produit des données, que vous les regardiez ou non : les ventes encaissées, les paiements Mobile Money reçus, les stocks qui entrent et sortent, les clients qui reviennent (ou pas), les factures payées en retard, les heures où votre équipe est débordée et celles où elle attend.
La question n'est donc pas « avons-nous des données ? », puisque vous en avez. La question est : est-ce que quelqu'un les regarde avant de décider ?
Prenons deux dirigeants de commerces comparables à Ouagadougou.
Le premier sent que « ça marche bien en ce moment ». Il commande son stock comme le mois dernier, embauche quand il se sent débordé, et découvre les problèmes de trésorerie quand la caisse est vide.
Le second sait que 20 % de ses produits font 70 % de sa marge, que ses ventes explosent le samedi entre 17 h et 20 h, et que les paiements Mobile Money représentent désormais 40 % de ses encaissements. Il commande plus de ce qui rapporte, renforce l'équipe du samedi soir, et négocie ses frais Mobile Money parce qu'il connaît les volumes.
Les deux ont la même expérience, le même flair. Mais le second voit ce que le premier devine. C'est ça, être data-driven.
Ce que data-driven ne veut PAS dire
Le buzzword fait des dégâts, alors clarifions ce que vous n'êtes pas obligé d'avoir :
Pas besoin de « big data ». Le big data, c'est le problème de Google et d'Orange. Le vôtre, c'est de savoir combien vous avez vendu la semaine dernière, produit par produit. Un fichier bien tenu contient déjà des réponses que beaucoup de dirigeants n'ont pas.
Pas besoin de data scientist. Avant les modèles prédictifs, il y a une étape que 90 % des entreprises n'ont pas franchie : consulter régulièrement des chiffres fiables et simples. Cette étape ne demande aucun doctorat.
Pas besoin de tout mesurer. Une entreprise qui suit cinq indicateurs choisis avec soin est mieux pilotée qu'une entreprise noyée sous quarante tableaux que personne ne lit.
Ce n'est pas l'abandon de l'intuition. Votre connaissance du terrain, de vos clients, de votre marché reste irremplaçable. Les données ne remplacent pas votre jugement : elles l'alimentent. L'intuition pose les questions, les données aident à trancher.
Les trois marches vers le pilotage par les données
Devenir data-driven n'est pas un interrupteur qu'on bascule. C'est un escalier à trois marches.
Marche 1 : collecter proprement
On ne peut pas piloter avec des données qu'on n'a pas, ou qu'on a en double, sur trois cahiers et deux téléphones. La première marche, c'est de faire en sorte que chaque vente, chaque encaissement, chaque mouvement de stock soit enregistré une seule fois, au même endroit, au moment où il se produit.
C'est la marche la plus négligée et la plus décisive. Si la collecte est défaillante, tout ce qui suit produit de jolis graphiques… faux.
Marche 2 : consulter régulièrement
Des données enregistrées que personne ne regarde ne servent à rien. La deuxième marche, c'est le rituel : un moment fixe (chaque lundi matin, ou chaque fin de mois) où vous regardez les mêmes indicateurs, présentés de la même façon. C'est la régularité qui crée la valeur : elle vous fait repérer les tendances et les anomalies qu'un coup d'œil occasionnel ne montre jamais.
Marche 3 : décider, agir, vérifier
La dernière marche, c'est de fermer la boucle : les chiffres révèlent un problème ou une opportunité, vous décidez, vous agissez, puis vous revenez aux chiffres pour vérifier que l'action a produit l'effet attendu. Une entreprise vraiment data-driven, ce n'est pas une entreprise qui a des tableaux de bord. C'est une entreprise dont les décisions changent grâce à eux.
Pourquoi c'est une opportunité particulière ici
On présente souvent l'Afrique de l'Ouest comme « en retard » sur ces sujets. C'est mal lire la situation, pour deux raisons.
D'abord, le Mobile Money a fait quelque chose de remarquable : il a numérisé les paiements avant même que les entreprises ne se numérisent. Chaque transaction Orange Money ou Moov Money est déjà une donnée horodatée et fiable. Beaucoup de PME burkinabè sont assises sur un historique de transactions que des entreprises européennes de même taille n'avaient pas il y a quinze ans.
Ensuite, vos concurrents directs, eux non plus, ne regardent probablement pas leurs chiffres. Dans un marché où presque tout le monde pilote à l'instinct, le premier qui voit clair prend une longueur d'avance disproportionnée. Le pilotage par les données n'est pas ici un rattrapage : c'est un avantage concurrentiel encore disponible.
Par où commencer, dès cette semaine
Pas par un outil. Par une question. Choisissez une décision que vous prenez régulièrement à l'aveugle et formulez la question qui la sous-tend. Par exemple : quels produits me rapportent vraiment, une fois tout compté ? Quels clients reviennent, et à quelle fréquence ? Combien me coûte une journée d'activité, et quel jour suis-je rentable ?
Puis demandez-vous : quelles données me faudrait-il pour répondre, et est-ce que je les collecte aujourd'hui de façon fiable ? Si oui, faites le premier tableau, même simple, même sur un tableur, et instaurez le rituel de consultation. Si non, vous venez d'identifier votre vrai chantier : la collecte. C'est le point de départ de la plupart des entreprises, et il n'y a aucune honte à commencer là.
Un conseil tiré de l'expérience : commencez avec trois à cinq indicateurs, pas plus. Vous en ajouterez quand le rituel sera installé.
En une phrase : être data-driven, ce n'est pas une affaire de technologie ou de taille d'entreprise : c'est l'habitude, à la portée de toute PME, de regarder des faits mesurés avant de décider, et de vérifier ensuite que la décision a payé.
Dabou's Tech accompagne les entreprises burkinabè dans la mise en place de leur collecte de données et de leurs tableaux de bord. Parlons-en.
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